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La vie adulte

Publié le

J’ai 15 ans. Ou 14 ? Ou peut-être même 12. Enfin, l’âge où on commence à se sentir différent  des autres, où on se demande où est notre place,  où on commence à se chercher. J’écris mon journal  et je suis déjà assez lucide pour me rendre compte que je ne suis pas ce que l’on appelle une fille populaire, loin de là. Ces filles-là, je les fréquente souvent de loin.

Si j’avais grandi dans un lycée à l’américaine, je n’aurais pas été une pompom girl, je ne serais pas sortie avec le quaterback, je n’aurais pas été entourée d’une ribambelle d’amis et j’aurais galéré pour trouver un cavalier avec qui me rendre au bal de promo. J’aurais fait partie au mieux de ceux qu’on ne remarque pas, au pire des têtes de turcs peuplant les clubs de sciences, d’échec ou de chimie, affublés de lunettes trop grandes (même si en vrai je ne porte pas de lunettes), pull jacquard et jupe plissée (en dessous du genou).

Voilà, pour vous donner une idée de moi à 15 ans (de 12 à 20 ans, pour être plus juste), dans les années 90.  Une adolescente somme toute assez classique : mal dans sa peau, pas à sa place, qui aimerait plaire aux garçons (mais ça ne marche pas trop…). Non, ce n’est pas là que vous devez dire « oooooh » avec un air compatissant. J’explique, juste.  En gros, j’aurais été la candidate parfaite pour un épisode de Made sur MTV (sacrée référence, je sais).

Alors on fait quoi, quand on est une ado sans cesse mal à l’aise ? On essaie de faire comme les autres, en se disant que ce sera mieux et surtout plus facile, quand on sera « adulte ». On se rêve grande, belle, mariée, maman, épanouie professionnellement, heureuse (et intelligente, aussi, tant qu’à faire…).  On rêve et on attend un peu que ça passe tout seul, cette période merdique de mal-être constant et d’acné chronique (ou de mal être chronique et d’acné constante). On laisse faire la vie, en se disant qu’elle finira bien par nous apporter ce qu’au fond de nous on pense mériter. En tous cas, on y croit très fort, lorsque l’on écoute pour la dixième fois le slow troooop beeeeeau de Brian Adam ou de Bon Jovi (hum), en pleurant comme une madeleine parce que ce salaud de Nicolas ne nous a pas regardée, pire, il a embrassé notre meilleure copine (1m65, longs cheveux auburn, peau basanée et yeux verts en amande) sous le préau. On y croit très fort lorsque quelques années plus tard on tire pour la deuxième fois sur le joint qu’on nous fait passer en riant béatement, « This is the end » des Doors en fond sonore. On y croit très très fort, quand Grégoire (c’est pas lui qu’on visait, mais il fera l’affaire) finit par nous coller sa langue au fond de la gorge en tournant très (trop ?) vite lors de notre première soirée trop arrosée (on a bu au moins 3 bières, et on a la tête qui tourne un peu à cause de tout cet alcool et du stromboscope, on entend Ricky Martin chanter « Un Dos Tres Maria », mais c’est un peu confus). On y croit très fort à 20 ans, quand on finit par quitter le nid parental pour enfin prendre son indépendance, à 100km de chez eux. Mais là, on y croit vraiment !!!

Je viens d’avoir 31 ans. Aïe. Qu’on le veuille ou non, c’est un peu l’âge d’un premier bilan. J’en suis où aujourd’hui ? Elle est passée où la vie que je me rêvais il y a 15 ans ? Qu’est-ce que j’ai accompli ? Qu’est-ce que j’ai vécu ? Je me rêvais :

  • Grande : râté… (1m60, mais c’est pas grave)
  • Belle : la plupart du temps, j’aime bien ma tête (mais la plupart du temps je n’aime pas mon corps)
  • Maquée : plusieurs relations plus ou moins réussies, plus ou moins longues, qui m’ont permis de savoir ce que je voulais (et ce que je ne voulais pas). Pas encore mariée, mais c’est pour cette année.
  • Maman : pas encore, un jour je l’espère si la nature me fait ce cadeau!
  • Epanouie professionnellement : plus ou moins…
  • Heureuse : la plupart du temps
  • Intelligente : …

Et alors ? Est-ce que la vie est plus facile maintenant que je suis grande ? Est-ce que j’ai VRAIMENT besoin de répondre à cette question….

Evidemment, la vie que j’imaginais à 15 ans est très éloignée de celle que je mène. Je n’ai pas accompli de grandes choses. Je ne sais même pas si j’ai envie d’en accomplir, pour la simple et bonne raison que je suis bien incapable, du « haut » de mes 31 ans, de savoir ce que je veux. De m’imaginer dans 10 ans, de tracer le chemin que j’aimerais suivre, de voir où je vais. Tant et si bien que j’ai souvent l’impression, malgré « l’expérience » (relative), malgré la confiance (encore plus relative) engrangée au fil des années, malgré les œillades suggestives que veut bien m’accorder aujourd’hui la gente masculine et qui booste à l’occasion mon égo, malgré le fait que mes CD de Bon Jovi et de Brian Adams n’ont plus tournés depuis bien longtemps, que l’adolescente un peu gauche, un peu moche, un peu désespérée n’est pas très loin.

Elle me tape régulièrement sur l’épaule, et me force à me poser des questions et à faire des choix que je préfèrerais occulter, pour laisser faire la vie, pour que tout se passe tout seul.

J’aimerais qu’elle retourne d’où elle vient, cette ado chargée de mal-être, et qu’elle y reste. Parce que je sais qu’aujourd’hui, les choix que je fais ont plus de poids que lorsque j’avais 15 ou 20 ans. Parce que je sens bien que maintenant, je n’ai plus le temps, je n’ai plus « toute la vie devant moi » (je sens que je vais bien rire quand je vais relire ça dans 10 ans). Et surtout, que pour obtenir ce que je veux de la vie,  je ne peux plus me permettre de « la laisser faire » et d’attendre que ça se passe. Ce sont des choses que l’on nous martèle depuis toujours, et qui peuvent sembler évidentes, mais il m’aura fallu arriver à 30 ans pour en mesurer tout la portée et pour qu’elles prennent tout leur sens.  Pour que je réalise vraiment ce qu’elles signifient.

Donc merde, il faut vraiment que je me bouge et que j’arrive à faire abstraction de la trouille, des doutes, du manque de confiance (je vous avais bien dit que c’était relatif, cette histoire de confiance).

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  1. Très joli post et jolie conclusion, ce qui me frappe ces dernières années, ce sont les éternelles questions que l’on se pose et je me demande si tant de réflexion ne nous empêche pas de vivre pleinement…à treize ou quatorze ans, à part ce qu’on allait porter à la boum de Camille, on se posait pas vraiment de questions, on vivait juste, on vivait.

    Je t’embrasse.

    Elisa.

    Réponse
    • Coucou Elisa!

      Eh bien, tout d’abord merci, ça me fait très plaisir d’avoir déjà un commentaire sur mon blog !

      Alors tu sais, je me suis dit la même chose que toi : « Mon Dieu, mais je me pose beaucoup trop de questions » et parfois j’aimerais mettre mon cerveau sur « OFF », tout simplement parce que j’ai l’impression que ça me permettrait de vivre… dans le présent, de profiter vraiment de ce que je vis. C’est un peu ce que j’essaie d’expliquer dans mon post précédent, « Le moment présent ». C’est un gros problème pour moi, de ne pas arriver à profiter du moment présent, c’est là-dessus entre autre que j’essaie de travailler !
      D’ailleurs, lorsque je discute avec des gens, ou que j’observe ceux qui m’entourent, quand je les regarde vivre, j’ai l’impression que ceux « qui ne s’en font pas », qui n’analysent pas forcément tout ce qui les arrivent, qui sont positifs ont l’air plus heureux, plus « détachés ». Et je pense qu’ils apprécient mieux ce qui peut leur arriver. On se fait moins de soucis quand on se pose moins de questions peut-être? Et surtout quand on ne passe pas son temps à envisager le pire!
      Seulement voilà… Je ne peux pas m’en empêcher!!! Il faut juste que j’apprenne à canaliser un peu tout ça. Et en plus…. même si parfois à cause de cela il peut m’arriver de passer par des moments un peu difficiles, je ne regrette rien du tout! Pour être claire, je suis beaucoup plus heureuse maintenant qu’à 14 ans, tout simplement parce que j’ai l’impression de mieux me connaître et d’avoir avancé, évolué dans le sens où je voulais évoluer… Bien sûr, il y a encore du chemin à faire, la preuve!

      Je ne sais pas si tout cela est bien clair! J’espère que je ne t’ai pas perdue en route, c’est un peu difficile parfois de trouver les mots justes pour décrire ce qui se passe dans ma tête!

      Au plaisir de te recroiser sur ton blog ou le mien,

      Elodie

      Réponse
  2. On me donnerait 300.000 euros et le corps de cameron diaz, je ne retournerais pas à l’adolescence. je dirais même que j’ai une vraie méfiance des gens qui regrettent leur adolescence. Pour moi, ils ont fait partie des populaires, donc de ceux qui dominent…j’ai gardé de ma position de bouc émissaire une vraie méfiance vis a vis des phénomènes de groupe et la peur d’être rejetée même par les groupes dont je me fous. Donc, je ne pense pas qu’on vive à l’adolescence, on est un bloc d’émotions incontrôlables….mais on ne vit pas mieux :!

    Réponse
    • Oh! Dans mes bras! Ahah.
      Non, plus sérieusement, je l’ai toujours dit : on me paierait, je n’y retournerai pas. Les sensations qui me viennent lorsque je pense à cette période de ma vie se résume au mal-être, à la tristesse, la souffrance. Là maintenant tout de suite, je n’ai aucun souvenir heureux de cette période. J’ai l’impression que je n’ai jamais vraiment été « moi » pendant cette période et honnêtement, je n’aime pas la personne que j’étais à cette époque, même si j’au une certaine tendresse pour elle et une sorte d’instinct de protetion. Mais j’étais malheureuse, sans aucune confiance en moi.
      Je crois que j’ai réussi à sortir de ma carapace d’ado autour de 22-23 ans. Du coup, quand je doute de moi, quand je manque de confiance, je me retrouve immédiatement projetée en arrière dans cette période de ma vie que j’ai détestée!

      Réponse
  3. Et pareil, mes 42 ans, je les aime, je les chéris et je ne voudrais pas être plus jeune !

    Réponse
  4. On rêve toujours de ce que l’on a pas, je suis la même. Cependant, si certaines choses sont impossibles a obtenir, d’autres sont à porter de main. Il faut du courage et de la motivation, mais je suis sure que tu la trouveras pour avancer dans ta vie.

    Bon courage 😉
    je te souaite du bonheur

    Réponse
    • Eh oui… je crois que c’est humain n’est-ce pas? 😉 Je ne pense pas que ce soit un mal, au contraire! Car comme tu le dis, on a tous beaucoup de ressources en nous pour arriver à ce que l’on veut! C’est important également d’arriver à apprécier ce que l’on a sur le moment, et de tirer des leçons de ce que le passé nous a apporté. C’est aussi comme cela qu’on avance!

      Merci pour tes encouragements et ton gentil commentaire! A bientôt!

      Réponse
  5. j’aime beaucoup ton blog, tu arrives à mettre des mots justes sur ce que l’on ressent parfois dans la vie, à bientôt

    Réponse
  6. Célinette-la-belette

    C’est drôle, c’est un peu de mon adolescence que tu racontes là… Et y’a pas à dire, on était jeune mais ça marque à vie ces choses là… Bon faut dire qu’en plus de mon mal-être personnel, j’étais semble-t-il l’élément naturel à humilier et à abattre socialement… Ainsi, de persécutée, je suis devenue invisible (vous savez la fille toujours habillée en noir, allez bleu marine quand l’été arrive), l’ombre dans les couloirs… A partir de là, deviens la personne épanouie que tu souhaites être… Oui oui je sais, dans les films, il y a quand même des filles moches qui, étonnamment après avoir retiré leurs lunettes et relooking, deviennent des super glam girls qui trouvent le grand amour auprès de ce garçon qui n’est finalement pas si indifférent que ça…….
    Moi, même si j’enlève mes lunettes (que que du coup je calcule rien à 1m), je ne rentrerais jamais dans du 34 et le garçon que j’aime en secret ne va pas soudainement découvrir ma beauté intérieure et me déclarer sa flamme. Puis de toute façon, vu que je n’aurais pas mes lunettes, je ne verrais même pas s’il me fait les yeux doux…
    Alors tu te blindes et plus le temps avance, plus devient difficile de renouer des liens avec les personnes (dans mon cas plus particulièrement avec la gente masculine).
    25 ans de solitude… Puis un jour, tu as toujours tes lunettes, ton jean taille 42 et ton haut en L (s’il n’est pas trop stretch), tu as développé un sens acéré de l’humour et de la répartie… et tu le fais rire (pour de vrai)… Et là, tout (enfin presque) disparait: les kilos, les cheveux rebelles, la peur du ridicule et la plupart de ces choses qui te gâchaient la vie.
    Alors, il ne ressemble pas du tout à celui que j’imaginais à mes 12-15 ans mais il est là, il est sincère et (pour paraphraser un film cultisme de la fille célibataire) « il m’aime tel que je suis »…
    Ce que j’en retire du haut de mes 28 ans, c’est qu’il faut juste accepter le fait qu’on ne peut pas plaire à tout le monde… et que ce n’est pas grave! Je compte mes amis sur les doigts d’une main (allez, je pourrai entamer gentiment la deuxième) et que ça me va très bien comme ça!
    Après je dis pas qu’il n’y a pas de cicatrices: quand je passe dans la rue et qu’un groupe de personne se met à rire, je le prends toujours personnellement et c’est parti pour de longs moment d’introspection… Je n’aime toujours pas me trouver nue devant mon homme (même après 3 ans). Mais globalement, ça devient tous les jours un petit peu plus facile… et, ma foi, nous sommes des femmes des années 80 que diable, on a survécu aux 90’s, le reste devrait suivre!!!

    PS: C’est la deuxième fois de la journée que tu me fait chialer quand même 😉

    Réponse

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