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Les défis

Publié le

Juillet 2009. Depuis l’obtention de mon diplôme 1 an plus tôt, je ne suis pas vraiment épanouie professionnellement, malgré mes deux emplois en parallèle : l’un que l’on peut qualifier de purement alimentaire, et  l’autre… un peu moins alimentaire mais où je suis considérée comme la cinquième roue du carrosse. Je pose ma candidature pour d’autres postes, je décroche des entretiens, mais le poste tant convoité finit toujours par m’échapper au dernier moment, ou alors c’est moi qui renonce, prise de panique face à de nouvelles responsabilités que je ne me sens pas prête à assumer. La situation me déprime de plus en plus, je me sens inutile, je vais travailler la mort dans l’âme. Je me dis que j’ai 29 ans et que je suis déjà en train de m’encroûter dans des postes qui ne me font pas avancer et qui ne présentent aucun espoir de promotion, alors que dans la société d’aujourd’hui il est tellement important d’avoir un job épanouissant, enrichissant.  Et moi, j’en suis à l’opposé. [Moi, tendance à dramatiser ? Mais non mais non…]

Mars 2010. J’arrive au travail, allume mon ordi, hop, petit coup d’œil sur mes mails perso (ouiii, je regarde mes mails perso au travail, je suis sûre que cela vous arrive aussi !). Parmi eux, l’un porte l’objet «La commune de L*** recherche une bibliothécaire diplômée à 50% » (oui, je suis bibliothécaire. Oui, il faut un diplôme pour « ça ». Un jour si vous le désirez, je vous expliquerai comment un bibliothécaire occupe ses journées. Non, il ne le fait pas en lisant des livres). C’est une annonce pour un poste de responsable. Aïe. Ma première réaction est de laisser tomber. Responsable de bibliothèque ? Ce n’est pas pour moi. J’en suis incapable. J’en parle à mon copain, bibliothécaire lui aussi, qui me dit qu’il connait la dame qui quitte ce poste… « Appelle-la, elle est super sympa, pose-lui des questions sur le job, ça ne t’engage à rien. » J’appelle… Rendez-vous est pris pour le lendemain, à la bibliothèque. J’y vais la trouille au ventre.

We can do itLà, je me rends compte que depuis le début de mes recherches d’emploi, je suis partagée entre l’envie ou plutôt le besoin de trouver un travail qui me plait vraiment et l’angoisse de ne pas être à la hauteur pour mener à bien de nouvelles tâches, pour assumer des responsabilités. A ce moment-là, il y a comme un déclic en moi : je réalise que si je veux être heureuse dans ma vie et trouver un certain équilibre, il va falloir que je me confronte à mes peurs et que j’arrête de les fuir. Je ne vais quand même pas, toute ma vie, passer à côté de certaines choses à cause de ma peur de l’échec.

Je finis donc par postuler avec la sensation que cette fois-ci, c’est la bonne. Je décroche un entretien et une semaine plus tard, le job est à moi.

Aujourd’hui. Cela va faire un an que je suis responsable d’une jolie petite bibliothèque de village. Je suis la seule personne diplômée, et je gère une équipe de 15 bénévoles, qui ont toutes l’âge d’être mes mamans. Je m’occupe de tout,  toute seule : tâches administratives, animations, achat et traitement des livres, comptabilité, etc. Les bénévoles me donnent de petits coups de main et assurent les périodes de prêt. J’y travaille à 50%. Pour compléter mon temps de travail, j’ai gardé un de mes premiers jobs alimentaires, à 50%. J’ai trouvé un certain équilibre, on peut le dire. Mon travail de responsable me plaît, il est très varié. Mais il est également une source inépuisable de défis et de peurs pour l’angoissée que je suis.

Je ne fais pas partie de ces gens complètement exaltés par les challenges et qui les recherchent à tout prix. Vous savez, ces gens qui face à la perspective d’un nouveau projet ont 15 idées à la seconde, sont très sûrs d’eux et ne doutent pas une seule seconde de le mener à bien.

Non, non, non… Ma première réaction face à un nouveau défi, quelque soit son ampleur (accepter ce travail de responsable, mettre sur pied une manifestation, tenir la comptabilité de la bibliothèque, ou gérer les retards dans le retour des livres, par exemple) est la suivante: je n’y arriverai pas. Je ne suis pas à la hauteur. Dans un premier temps, ça a plutôt tendance à me paralyser.

C’est comme ça depuis toute petite, ça a été le cas tout au long de mes études et ça continue aujourd’hui. Pourtant vous savez quoi ? J’ai toujours eu des notes excellentes, je n’ai  jamais commis d’erreur grave dans mon travail, et, jusqu’à maintenant j’ai mené à bien toutes les tâches qui relevaient de ma nouvelle fonction.

Mais cela ne m’empêche pas d’avoir l’impression de ne pas en faire assez, ni assez bien. Cela ne m’empêche pas non plus, à chaque nouvelle tâche à accomplir, d’avoir une boule au ventre. De me dire que je n’aurais pas d’idées pour monter telle ou telle animation. Ou d’imaginer que cette manifestation que j’ai mise sur pied n’aura pas de succès. Est-ce utile de préciser que jusqu’à maintenant toutes ses peurs se sont révélées, au final, complètement infondées ? J’ai accompli toutes mes tâches correctement, les manifestations et animations que j’ai mises sur pied ont très bien fonctionné. Mais cela ne m’a pourtant pas dispensé de me gâcher les dernières vacances que j’ai eues en pensant à toutes les choses qui pourraient mal se passer à mon retour au travail.

Pourtant, si  je ne suis pas le genre de personne qui court joyeusement vers de nouveaux défis, j’ai décidé, depuis quelques temps, de ne plus les fuir ; toujours dans l’idée de me confronter à mes peurs pour mieux les surmonter. Et c’est une chose que je peux vraiment mettre en pratique dans mon nouveau travail. Cela m’a permis, un peu inconsciemment au début, de mettre en place quelques petites stratégies qui m’aident à canaliser mes peurs liées au travail. J’en ferai peut-être un petit billet un de ces jours, que je pourrai alimenter au fur et à mesure.

Je n’accueille pas les défis à bras ouverts. Mais je me rends compte que, quelque part, je les recherche. Sinon, je n’aurais pas  cherché et accepté un nouveau travail, par exemple. Seulement, pour le moment, j’ai l’impression de les rechercher un peu à reculons. Car je sais au fond de moi qu’ils sont nécessaires : pour avancer et pour évoluer, pour apprendre à se connaître,  pour se prouver quelque chose, pour se surprendre. Les relever, se dépasser, représente une petite victoire à chaque fois. L’impact sur l’estime de soi est considérable une fois qu’on les mène à bien.  Et de l’estime pour moi, Dieu sait si j’en ai besoin ! Et je ne désespère pas, un jour, d’arriver à accueillir sereinement et même avec joie un nouveau projet! Vaste programme, n’est pas ?

Et vous, quel genre de personne êtes-vous face aux défis ?

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  1. Moi, je suis « l’une de ces personnes complètement exaltés par les challenges et qui les recherchent à tout prix. »….
    J’aime les trucs nouveaux… j’aime les belles idées. Face à la perspective d’un nouveau projet (ou d’un projet… ou de n’importe quoi…), j’ai 15 idées à la seconde, je fais limite une crise d’asthme tellement je suis contente et mes idées sont toujours appréciées.
    Mais non… je ne suis pas sûre de moi – au contraire… je crois que ne réfléchis juste pas. Je suis comme ces gamins devant un sapin de Noël… complètement emballé, à sauter partout… et qui ne réfléchit pas.
    Ensuite, je me lance comme une furie, je m’emballe… je fonce tête baissée… j’ai tellement d’idées que je vois toujours les choses en trop grand… et au final…. quand je dois retomber sur terre parce qu’un projet, c’est pas que des idées géniales. Il y a la LOGISTIQUEEEE…
    Ben là, comme une idiote, je me rends compte que c’était trop… qu’entre mes 2 boulots, mon association, les 12 mariages que j’anime, les copines à voir, les cours de théâtre, le sport que j’essaye de suivre, ma cuisine… etc… et bien… c’est trop.
    Commence alors la panique… le surmenage… les crises de larmes le soir parce que je suis à bout et que j’ai trop à faire, et la sensation d’être libérée quand se finit le projet, au lieu d’en avoir tiré du plaisir.
    Et surtout la sensation de me sentir nulle parce que je ne sais pas gérer mon temps et que je finis à bout de nerfs.
    Il y a des tonnes de manière d’affronter les projets…. tu te poses peut-être beaucoup [trop?] de questions avant de te lancer… mais quand tu te lances, tu y arrives comme une cheffe… je ne m’en pose aucune, et quand je me lances, je me retrouve étouffée par la masse de projets parallèles dans lesquels je me suis lancée…
    Je crois que c’est humain.
    Personne n’est parfait et la personne soi-disant parfaite qui mène sa vie comme une cheffe, est organisée, a un planning du tonnerre et ne panique soi-disant pas, doit forcément cacher quelque chose. 😉

    Réponse
    • Karine… Je te connais.. Et je sais que tu es hyper efficace dès que tu te lances dans un nouveau truc! Tu ne peux pas le nier! Et si les gens les disent, en général ça ne sort pas de nul part, tu sais! En plus, les gens te font confiance! J’en suis la preuve vivante einh!

      C’est dingue, on réagit vraiment tous différemment. On en a einh, du travail à faire sur nous!

      J’adorerai être « exaltée » de la nouveauté… Ou au moins, pouvoir m’en réjouir et avancer au lieu d’appréhender et de me sentir bloquée. Le truc fou, c’est que les idées, je les ai pour finir. Et mieux, j’arrive à les mettre en pratique… Et ça marche… Mais c’est aussi au prix d’une certaine souffrance, au final. Et une fois que c’est passé, au lieu de savourer cette petite victoire, et de gagner en confiance, et bien non… Cela va faire un an que je suis dans cette bibliothèque, je suis consciente que j’y ai apporté pas mal de moi-même, mais je n’arrive pas à être fière de moi. Je ne vois que ce que je n’ai pas encore pu y faire, ce que j’ai mal fait, etc…

      En fait, toi comme moi, on devrait essayer de relativiser, mais chacune à sa manière… On devrai essayer de prendre du recul, le temps de se poser AVANT d’entreprendre quoi que ce soit. Et se dire qu’au final, si ça ne marche pas… on aura essayé. Le problème c’est que si ça venait à ne pas marcher, dans ma petite tête, ce serait MA faute!

      Réponse
  2. Et pour compléter… du coup les gens pensent que je suis hyper efficace, une surhumaine qui gère les choses hyper bien… mais à quel prix… mamma mia 😉
    Des fois j’aimerais juste bloquer l’excitation qu’un nouveau projet me procure parce que c’est très grisant certes… mais… waaaw…. le boulot que ça demande. C’est une horreur.

    Réponse
    • Pis tu sais ce qu’on devrait apprendre aussi, ma poule? On devrai apprendre à NE RIEN FAIRE. Même si ce n’est qu’une heure par jour.. ou 10 minutes par jour… Mais personnellement, je fais partie de ces personnes qui sont bien incapable de se poser un moment sans rien faire… Sans bouqiner, sans écouter de la musique, ou surfer sur Internet, ou regarder la télé. Comme si j’avais peur de me retrouver seule avec mes pensées.. En fait c’est cela.. j’ai peur de me retrouver seule avec moi-même… Il m’arrive même de regarer la télé en lisant avec l’ordi à portée de moi… Pas très bon pour profiter du moment présent tout ça….

      Réponse
  3. Oh j’adore les photos « we can do it »!

    Réponse
  4. …je me suis juste reconnue dans ce que tu dis. se sentir bloquée (mais pourquoi? mais qu’est ce que tu risques? est ce que c’est vraiment grave de rater?), ne pas oser, avoir peur de ne pas être capable… même si, quand ça arrive (des fois, heureusement!) tout se passe BIEN. et les gens sont contents. et ils le disent. eh ben ça ne suffit pas quand même. j’aimerais une petite formule magique qui me ferait être forte, avoir moins peur, être plus fonceuse et moins me poser de questions (oui parce que quand on s’en pose trop , on finit par ne faire plus que ça…)
    bref, ton billet est une chouette note d’espoir (j’y crois!) et sur ma liste de résolution, je vais peut être écrire oser, un peu. pour voir.
    merci!!!

    Réponse
    • Merci, ça me fait plaisir ton commentaire! Surtout quand tu dis que c’est une note d’espoir!
      Je crois que je suis exactement comme toi… Je SAIS tout ça: ce n’est pas grave si ça ne marche pas, je ne risque pas grand chose, etc… Et en général,quand je fais quelque chose je le réussis (même si bien sûr, il m’arrive d’échouer, heureusement,comme tu dis). Plusieurs personnes sont venues déjà me dire bravo ou me dire que je fais un bon travail dans cette bibliothèque. Donc je sais quelque part que je ne suis pas nulle. Alors POURQUOI je me sens nulle et j’ai tout le temps peur d’être incapable??? Mystère… Franchement, je ne sais pas d’où vient ce blocage, pourquoi…
      La confiance en soi, je crois que c’est la clé pour réussir à surmonter tout ça, mais … ce n’est pas gagné!

      Réponse
  5. Super post!!!!!

    Angela Donava
    http://www.lookbooks.fr

    Réponse
  6. Moi, je suis de « ces personnes complètement exaltées par les challenges et qui les recherchent à tout prix.” Mais depuis peu. Depuis que j’ai appris à avoir confiance en moi. Et ce que je peux te dire, en ayant lu cette évolution, professionnellement parlant, que tu nous décris, c’est que tu y vas doucement mais sûrement. En tous cas, c’est une très belle réflexion dans laquelle beaucoup se retrouveront!

    Bises!

    M.

    Réponse
    • Mais donc… c’est que tout n’est pas perdu! Il est possible de passer d’une catégorie à l’autre ! Ca fait du bien d’entendre ce genre de témoignage! Pour le moment, tout ce que je demande, c’est de trouver une dose de confiance en moi! Et ensuite, je pense que le reste suivra! Mais oui… gentiment mais sûrement, comme tu dis! Je pense qu’au fond de moi je serai toujours le genre de personne anxieuse, mais je pense qu’à la longue il est possible d’apprendre à gérer cela!

      Réponse
  7. Bonsoir, j’ai découvert votre blog il y a peu et je suis contente de voir qu’il vient juste de commencer – je compte bien le suivre régulièrement !
    Je me reconnais dans certains de vos propos, et vous voir avancer m’aidera certainement, de mon côté… Bonne continuation, je vous suis !

    Réponse
  8. Pingback: “Leurs secrets du bonheur”, ce soir sur France 2 « Je me jette à l'eau

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