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L’être et le paraître

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Je suis une fille très souriante, on me l’a répété toute ma vie, on me le dit encore ! Il y a un mois, mon médecin a terminé la consultation par «Ca fait plaisir de voir quelqu’un d’aussi souriant, vous revenez quand vous voulez ! » (quel petit rigolo !).  Ce ne sont pas des fleurs que je me lance, non, non, non ! Ce leitmotiv qui rythme ma vie depuis que je suis enfant sonne toujours à mes oreilles comme l’un des plus beaux compliments que l’on puisse me faire ! Juste après « Tu es la plus belle et la plus intelligente », bien sûr. Oh, ça va, je plai-san-te. Je suis également très bon public, j’ai le rire facile, l’humour pas compliqué. Quand au milieu d’un fou rire mon copain s’arrête et me dit « J’adore t’entendre rire », et bien moi je fonds !

A la garderie, à l’école, à l’hôpital,  dans ma vie professionnelle, je suis Elodie la fille souriante et pas chiante, facile à vivre. Ce qui ne me dérange pas, loin de là ! Après tout il est plus agréable d’être perçue comme quelqu’un de positif que comme une vieille aigrie ! Et puis c’est vrai… je suis quelqu’un de positif, après tout. Et les gens perçoivent de nous ce que l’on veut bien leur montrer… Or, ce côté-là de moi, c’est celui que j’ai toujours mis en avant. Pendant longtemps et pour une raison un peu obscure, dire ou montrer que je n’allais pas bien était une chose inconcevable pour moi, voire un peu honteuse…

Beaucoup de personnes sont donc tombées des nues lorsque j’ai traversé une période de ma vie plus difficile, lorsque le nuage noir qui planait au-dessus de moi est devenu tellement envahissant qu’il m’ôtait tout plaisir et toute envie : celle de manger, de me faire masser, de sortir de chez moi ou de me lever le matin. Pendant plusieurs mois, ma vie se résumait à dormir, dormir et dormir, par des moyens naturels ou médicamenteux, pour ne plus penser, ne plus réfléchir, ne plus avoir à affronter mes angoisses qui certains matins étaient tellement fortes qu’à leur simple évocation, ma peau me brûlait (je n’ai jamais compris d’où venait cette sensation, mais je sentais la peau de mes mains, de mes bras et de ma poitrine chauffer comme au contact d’une plaque électrique). Je me suis enfoncée dans un gouffre, dont je pensais sérieusement ne jamais sortir. Je ne vais pas m’étaler sur cette période pendant des heures, je pense que vous avez compris l’esprit ! Le fait est que pour beaucoup de gens, il était inconcevable que je puisse tomber aussi bas, j’étais la joie de vivre incarnée !

Pendant cette période, j’ai eu la chance d’être formidablement entourée, que ce soit par ma famille, mes proches ou mes amis. J’ai reçu beaucoup de petits mots sous différentes formes, mais ce qui ressortait toujours de ces témoignages d’amitié, c’était cela : on est prêt à faire n’importe quoi pour t’entendre rigoler à nouveau.

Alors bien sûr, ça ne s’est pas fait du jour au lendemain, mais ce gouffre, j’ai fini par le remonter. J’ai recommencé à sourire et à rigoler, à apprécier un bon massage ou un bon boudin (au sens propre donc, j’adore le boudin, mon papa a été à la fête lorsqu’un matin en me levant je lui ai dit « j’ai faim, à midi j’aimerais que tu me fasses un boudin avec de la compote de pommes ».  Ce jour-là, il a su que j’étais à nouveau sur la bonne pente). Je ne m’en suis pas sortie toute seule, j’ai reçu l’aide de mes proches, mais aussi de la médecine et des médicaments. Mais tout cela n’aurait pas suffi si je n’y avais pas mis une grande partie de moi-même et si je n’avais pas « décidé » d’aller mieux, quitte à me forcer . Attention, je ne veux pas dire par là qu’il suffit de se botter les fesses pour sortir de la dépression, comme on l’entend malheureusement trop souvent. Le processus de guérison est bien plus complexe que cela. Toujours est-il qu’en ce qui me concerne j’ai eu de la chance…. A force de me forcer, cela a fini par redevenir naturel et de fil en aiguille, malgré quelques rechutes, je m’en suis sortie.

Depuis, les gens qui me sont proches et qui me connaissent savent que derrière le sourire se cache une certaine fragilité que j’essaie de gérer au mieux. Et cela ne me dérange pas, au contraire, j’apprécie qu’ils connaissent la partie un peu plus sombre de moi, parce que c’est aussi ça qui me caractérise, même si je refuse qu’elle prenne le dessus ! Je souris et je rigole, je fais la folette, je ris pour rien, mais au fond de moi je sais que le nuage noir n’est jamais loin et qu’il peut revenir m’embrouiller la tête à tout moment. Il est toujours là au dessus de ma tête et ne se prive pas de me rappeler sa présence au quotidien.

De ces périodes un peu difficiles, j’ai tiré plusieurs leçons, notamment celle-ci : on a le droit d’aller mal, de le dire, de le montrer. Les gens ne vont pas moins nous aimer parce que l’on montre ses faiblesses, ceux qui tiennent vraiment à nous ne vont pas se détourner, au contraire! Certaines personnes peuvent même s’avérer très surprenantes!

La vie adulte

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J’ai 15 ans. Ou 14 ? Ou peut-être même 12. Enfin, l’âge où on commence à se sentir différent  des autres, où on se demande où est notre place,  où on commence à se chercher. J’écris mon journal  et je suis déjà assez lucide pour me rendre compte que je ne suis pas ce que l’on appelle une fille populaire, loin de là. Ces filles-là, je les fréquente souvent de loin.

Si j’avais grandi dans un lycée à l’américaine, je n’aurais pas été une pompom girl, je ne serais pas sortie avec le quaterback, je n’aurais pas été entourée d’une ribambelle d’amis et j’aurais galéré pour trouver un cavalier avec qui me rendre au bal de promo. J’aurais fait partie au mieux de ceux qu’on ne remarque pas, au pire des têtes de turcs peuplant les clubs de sciences, d’échec ou de chimie, affublés de lunettes trop grandes (même si en vrai je ne porte pas de lunettes), pull jacquard et jupe plissée (en dessous du genou).

Voilà, pour vous donner une idée de moi à 15 ans (de 12 à 20 ans, pour être plus juste), dans les années 90.  Une adolescente somme toute assez classique : mal dans sa peau, pas à sa place, qui aimerait plaire aux garçons (mais ça ne marche pas trop…). Non, ce n’est pas là que vous devez dire « oooooh » avec un air compatissant. J’explique, juste.  En gros, j’aurais été la candidate parfaite pour un épisode de Made sur MTV (sacrée référence, je sais).

Alors on fait quoi, quand on est une ado sans cesse mal à l’aise ? On essaie de faire comme les autres, en se disant que ce sera mieux et surtout plus facile, quand on sera « adulte ». On se rêve grande, belle, mariée, maman, épanouie professionnellement, heureuse (et intelligente, aussi, tant qu’à faire…).  On rêve et on attend un peu que ça passe tout seul, cette période merdique de mal-être constant et d’acné chronique (ou de mal être chronique et d’acné constante). On laisse faire la vie, en se disant qu’elle finira bien par nous apporter ce qu’au fond de nous on pense mériter. En tous cas, on y croit très fort, lorsque l’on écoute pour la dixième fois le slow troooop beeeeeau de Brian Adam ou de Bon Jovi (hum), en pleurant comme une madeleine parce que ce salaud de Nicolas ne nous a pas regardée, pire, il a embrassé notre meilleure copine (1m65, longs cheveux auburn, peau basanée et yeux verts en amande) sous le préau. On y croit très fort lorsque quelques années plus tard on tire pour la deuxième fois sur le joint qu’on nous fait passer en riant béatement, « This is the end » des Doors en fond sonore. On y croit très très fort, quand Grégoire (c’est pas lui qu’on visait, mais il fera l’affaire) finit par nous coller sa langue au fond de la gorge en tournant très (trop ?) vite lors de notre première soirée trop arrosée (on a bu au moins 3 bières, et on a la tête qui tourne un peu à cause de tout cet alcool et du stromboscope, on entend Ricky Martin chanter « Un Dos Tres Maria », mais c’est un peu confus). On y croit très fort à 20 ans, quand on finit par quitter le nid parental pour enfin prendre son indépendance, à 100km de chez eux. Mais là, on y croit vraiment !!!

Je viens d’avoir 31 ans. Aïe. Qu’on le veuille ou non, c’est un peu l’âge du bilan. J’en suis où aujourd’hui ? Elle est passée où la vie que je me rêvais il y a 15 ans ? Qu’est-ce que j’ai accompli ? Qu’est-ce que j’ai vécu ? Je me rêvais :

  • Grande : râté… (1m60, mais c’est pas grave)
  • Belle : la plupart du temps, j’aime bien ma tête (mais la plupart du temps je n’aime pas mon corps)
  • Maquée : plusieurs relations plus ou moins réussies, plus ou moins longues, qui m’ont permis de savoir ce que je voulais (et ce que je ne voulais pas). Pas encore mariée, mais c’est pour cette année.
  • Maman : pas encore, un jour je l’espère si la nature me fait ce cadeau!
  • Epanouie professionnellement : plus ou moins…
  • Heureuse : la plupart du temps
  • Intelligente : …

Et alors ? Est-ce que la vie est plus facile maintenant que je suis grande ? Est-ce que j’ai VRAIMENT besoin de répondre à cette question….

Encre de Chine d'après Louise Brooks
2011

Evidemment, la vie que j’imaginais à 15 ans est très éloignée de celle que je mène. Je n’ai pas accompli de grandes choses. Je ne sais même pas si j’ai envie d’en accomplir, pour la simple et bonne raison que je suis bien incapable, du « haut » de mes 31 ans, de savoir ce que je veux. De m’imaginer dans 10 ans, de tracer le chemin que j’aimerais suivre, de voir où je vais. Tant et si bien que j’ai souvent l’impression, malgré « l’expérience » (relative), malgré la confiance (encore plus relative) engrangée au fil des années, malgré les œillades suggestives que veut bien m’accorder aujourd’hui la gente masculine et qui booste à l’occasion mon égo, malgré le fait que mes CD de Bon Jovi et de Brian Adams n’ont plus tournés depuis bien longtemps, que l’adolescente un peu gauche, un peu moche, un peu désespérée n’est pas loin.

Elle me tape régulièrement sur l’épaule, et me force à me poser des questions et à faire des choix que je préfèrerais occulter, pour laisser faire la vie, pour que tout se passe tout seul.

J’aimerais qu’elle retourne d’où elle vient, cette ado chargée de mal-être, et qu’elle y reste. Parce que je sais qu’aujourd’hui, les choix que je fais ont plus de poids que lorsque j’avais 15 ou 20 ans. Parce que je sens bien que maintenant, je n’ai plus le temps, je n’ai plus « toute la vie devant moi » (je sens que je vais bien rire quand je vais relire ça dans 10 ans). Et surtout, que pour obtenir ce que je veux de la vie,  je ne peux plus me permettre de « la laisser faire » et d’attendre que ça se passe. Ce sont des choses que l’on nous martèle depuis toujours, et qui peuvent sembler évidentes, mais il m’aura fallu arriver à 30 ans pour en mesurer tout la portée et pour qu’elles prennent tout leur sens.  Pour que je réalise vraiment ce qu’elles signifient.

Donc merde, il faut vraiment que je me bouge et que j’arrive à faire abstraction de la trouille, des doutes, du manque de confiance (je vous avais bien dit que c’était relatif, cette histoire de confiance).

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